BOUCQ, vers l'Abbaye de Rangéval

Vue depuis le belvédère surplombant Boucq
Vue depuis le belvédère surplombant Boucq

En ce premier lundi d’août, nous sommes 37 à Boucq pour un parcours de 10 km qui nous mène à l’abbaye de Rangeval.

Le château de Boucq est une maison forte érigée au 14ème siècle par Jean de Brixey en remplacement d’une ancienne forteresse du milieu du 13ème siècle. L’église Saint Pierre constituait une partie de cette maison forte du 13ème siècle dont le clocher servait de tour avancée avec un chemin de ronde entre la tour et le château. La taille des murs et la présence de meurtrières dans la tour attestent de son usage défensif. Le château actuel édifié vers 1340 est une maison-tour au plan carré ce qui lui vaut le nom de «Tour Quarrée». L’édifice est flanqué de deux tourelles semi-circulaires aux angles Nord et Est.

 

Notre chemin, après le cimetière, s’enfonce dans le Bois de la Cour vers l’abbaye de Rangeval. Nous passons devant un étang au milieu des prés où s’ébrouent des oies. Quelques centaines de mètres sur la D 908 nous conduisent à l’abbaye. L’abbaye de Rangéval (12ème siècle) appartient à la longue histoire des monastères qui ont forgé le paysage rural et urbain de la Lorraine depuis le 7ème siècle.

Les modèles de vie monastique, naissent en Orient au 4ème siècle d’abord ermite isolé et retiré du monde puis moines vivant en collectivité dans des abbayes ou des monastères dans le respect de règles de vie communes. Ils constituent ainsi le clergé régulier (moines qui suivent une règle par exemple celle de Saint Benoît pour les Bénédictins). Tout au long du Moyen Age, et en Lorraine depuis le 7ème siècle, vont se succéder différents Ordres monastiques. A partir du 9ème siècle et pendant cinq siècles, les Bénédictins ont tenu un rôle de premier plan. Au 12ème siècle, Cisterciens et Prémontrés font une entrée en force. Robert de Molesme fonde Citeaux et Norbert de Xanten, se fixe à Prémontré près de Laon (1120). Citeaux et Prémontré ont des points communs dans leur organisation générale : vocation à effectuer les travaux des champs avec l’assistance de paysans appelés «convers» astreints à des prières quotidiennes et à l’assistance à la messe du dimanche ; créations de granges réparties à moins d’une journée de marche ; construction de bâtiments religieux très austères. Mais il y a de notables différences : les Cisterciens peuvent rester laïcs alors que les Prémontrés sont des clercs qui peuvent aider au service des églises concurrençant ainsi le clergé séculier (curés de paroisses). 

Les «Fondations» des deux Ordres en Lorraine sont très nombreuses : 30 entre 1131 et 1151. L’initiative appartient à un fondateur qui décide d’installer moines et chanoines dans un endroit désert dont il cède la propriété et qui, ainsi, sera défriché, cultivé et aménagé. Il s’adresse à une abbaye florissante pour envoyer la douzaine d’hommes nécessaires à la «Fondation». La charte de Fondation donnée par l’évêque vient souvent tard car on ne fait appel à l’évêque que quand le succès est certain, que l’accord des voisins est assuré et que la dotation s’avère suffisante pour subvenir aux besoins des moines dans la durée. Ainsi est  née près de Boucq, l’abbaye de Rangéval dite Sainte Marie-Madeleine de Rangéval, qui relevait de l’Ordre des Prémontrés. Fondée en 1150, elle a reçu les confirmations pontificales en 1179 et 1186. Elle possédait deux ermitages, la chapelle de Jevaux et la Grange en Woëvre, plus l’ermitage du Val des Nonnes à Pagney derrière Barine. Détruite pendant la guerre de Trente Ans et victime de pillages successifs, elle fut reconstruite à la fin du 17ème siècle. Les bâtiments actuels, sobres et classiques, datent de la première moitié du 18ème siècle. Elle comportait une tuilerie, dont les tuiles étaient marquées de la lettre R, qui a fermé en 1926. Vandalisée à la Révolution, l’abbaye fut partiellement démolie. C’est ainsi que le bâtiment de la malterie d’Euville provient de Rangéval. A Rangéval, on peut encore voir le cloître, la salle capitulaire avec ses colonnes corinthiennes, le réfectoire avec sa belle cheminée, des roses anciennes dans le parc et 200 variétés de fruitiers dans le verger. C’est une propriété privée.

La place faite aux femmes fut un sujet de controverse. Norbert de Xanten fut conciliant et décida de nonneries non loin des maisons de chanoines. Ainsi pour Rangéval ce fut le Val des Nonnes au lieudit la Nonnerie de Rieval. Mais cela ne dura pas car dès 1147 le chapitre général des Prémontrés décida de supprimer sa branche féminine.

Les monastères ont profondément façonné la région. Là où les Bénédictins avaient des villages et des églises, Prémontrés et Cisterciens ont des granges, des terres, des moulins ou des portions de bois. A la culture ils ont joint l’élevage : porcs, moutons, bovins. Le sel pour alimenter le bétail est ramené du Saulnois. Le cours d’eau canalisé fait fonctionner forges et moulins et la retenue d’eau devenue vivier ou étang fournit le poisson.

Nous poursuivons notre chemin par une côte longue mais douce qui part du lieu-dit le Val pour nous amener à travers bois jusqu’au belvédère de Boucq. Là devant la table d’orientation, nous découvrons, le monument américain de Montsec et les côtes de Meuse, la plaine de Woëvre, la forêt de la Reine et ses étangs, et, se détachant entre champs et vergers, les villages de Sanzey, Ménil la Tour, Lagney, Bouvron.

Une très belle balade à refaire en toute saison.

               Mireille

 

 

Photos de Denis

Rando inédite proposée et guidée par Jean Marie
Rando inédite proposée et guidée par Jean Marie

EST REPUBLICAIN du 22 août 2021
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