Marchons sous la pluie de GOMBERVAUX à UGNY

Une partie des 25 courageux marcheurs sous la pluie
Une partie des 25 courageux marcheurs sous la pluie

Ce lundi 2 mars, sous une pluie persistante, nous sommes 25, enveloppés dans nos capes, devant le château de Gombervaux, un château féodal parvenu jusqu’à nous sans avoir été remanié, pour une balade de 10 km dans un site stratégique au Moyen-Age. Le parcours domine la vallée de la Meuse, Vaucouleurs et les villages de Chalaines, Rigny la Salle, Ugny sur Meuse, Saint Germain sur Meuse et Ourches.

Où est Gombervaux ? Sur les restes de la Lotharingie et  sur la frontière entre les seigneuries relevant du Roi de France et celles relevant du Saint Empire Germanique.

Lors du partage de l’empire de Charlemagne entre ses trois petits-fils par le traité de Verdun en 843, Charles le Chauve a reçu la Francia Occidentalis, Louis le Germanique la Francia Orientalis, et Lothaire la Francia Media étirée sur 3000 km de la mer du Nord à l’Italie.

Au Xème siècle la Lotharingie devient un duché sous tutelle germanique c’est-à-dire que l’empereur germanique nomme les ducs. En 959, le duché est partagé. Au nord la Basse-Lotharingie qui deviendra le Brabant et au sud la Haute-Lotharingie qui deviendra la Lorraine, toutes deux intégrées au Saint Empire Germanique en 962.

En 1047, l’Empereur Germanique donne le duché de Lorraine correspondant à Trêves, Metz, Toul, et Verdun, à Gérard d’Alsace qui inaugure la dynastie des Habsbourg-Lorraine. A l’époque la pyramide féodale se compose de l’Empereur Germanique au sommet et au-dessous les trois évêques de Metz, Toul, et Verdun ainsi que le Duc de Lorraine, encore au-dessous des comtes dont les plus importants sont le Comte de Champagne et le Comte de Bar.

En 1284, Philippe le Bel Roi de France, a rattaché la Champagne à la couronne de France par son mariage avec Jeanne de Navarre, héritière du Comté de Champagne. Il veut pousser les frontières du royaume à l’Est. En 1299, lors de leur rencontre à Quatre Vaux à 10km de Gombervaux, Philippe le Bel et Albert Ier d’Autriche, Empereur Germanique, ont convenu de faire du fleuve  Meuse la frontière entre leurs deux Etats. Le Roi de France gagne du terrain vers l’Est au point que le Comte de Bar, vassal de l’Empereur Germanique, lui doit désormais hommage pour les terres qu’il possède sur la rive gauche  de la Meuse.

Gombervaux est donc entre Duché  de Lorraine,  Comtés de Champagne et de Bar, et surtout entre Royaume de France et Empire Germanique.

A quel moment commence l’histoire de Gombervaux ? Au Moyen Age, au début de la guerre de Cent Ans entre France et Angleterre qui dure de 1338 à 1453.

Les descendants mâles de Philippe le Bel meurent sans héritiers mâles. Les femmes ne peuvent pas transmettre la couronne de France. C’est donc son neveu Philippe VI de Valois en 1328 qui est élu roi de France par ses pairs bien qu’Edouard III d’Angleterre soit le fils d’Isabeau la fille de Philippe le Bel. Philippe VI de Valois va poursuivre la politique de son oncle à l’Est. En 1330, la perspective du conflit avec l’Angleterre ne fait aucun doute et précipite le rapprochement de Vaucouleurs avec le royaume de France.

Gombervaux fait partie de la châtellenie de Vaucouleurs qui s’étend de Saint Germain et Ourches à Burey en Vaux, Pagny la Blanche Côte, Greux, Maxey sur Vaise, Epiez, Badonvillers, Montigny les Vaucouleurs, et Sauvoy. La seigneurie et la châtellenie appartiennent à la famille de Joinville. En 1334 et 1337, Philippe VI par achat et échange de terres se rend seul maître de la seigneurie et de la ville de Vaucouleurs. Vaucouleurs donc Gombervaux, désormais français resteront fidèle au Roi.  

En 1338 la guerre commence et le roi de France affronte dans la région l’allié des Anglais, le puissant Duc de Bourgogne, qui convoite la Lorraine, le Barrois et toutes ces terres qui séparent la Hollande et la Belgique qui lui appartiennent de la partie Sud de son Duché de Bourgogne.

Philippe VI a besoin sur place d’un homme de confiance capable de se battre. En remerciements pour services rendus, il va accorder à Geoffroy de Nancy la maison de Gombervaux alors en très mauvais état. Le nouveau propriétaire bâtit un château qui sera achevé en 1351 (pour mémoire Jeanne d’Arc ne naitra qu’en 1412 et mourra en 1431). Plus de 600 ans après la construction du château, nous avons sous les yeux ce qu’il reste de la façade Sud. Grâce aux travaux de préservation réalisés à l’initiative de l’association de Gombervaux, on peut encore voir le donjon de 22 m de haut et de 8 m de côté. Les tours Sud-Est et Sud-Ouest, comme les deux tours du Nord, étaient à l’origine coiffées de toits en poivrière recouverts de tuiles tout comme l’étaient le donjon et le chemin de ronde. Les courtines c’est-à-dire les murailles qui relient les tours, étaient plus élevées qu’aujourd’hui. Au bas du donjon se trouve une porte charretière de 3 m de large protégée par une herse refaite par un chantier de bénévoles.

Pourquoi construire un château dans un vallon et non sur une hauteur ?

Une légende raconte que Geoffroy aurait conclu un marché avec le diable qui aurait construit le château sur une hauteur mais que le moment venu Geoffroy aurait refusé de payer le diable pour sa peine. Le château aurait alors commencé à s’enfoncer. Lorsqu’il cessa de descendre les habitants conclurent que Geoffroy avait payé sa dette.

Plus sérieusement il y a plusieurs raisons à ce choix :

*au carrefour entre la route de Vaucouleurs-Commercy et la route de Toul-Joinville, il protégeait Vaucouleurs.

*un ruisseau coule entièrement sur le domaine  permettant de remplir les douves et d’irriguer les cultures en toute indépendance,

*des dépendances agricoles existaient déjà car attachées à la maison précédente.

En effet, à côté des demeures seigneuriales, hors de l’enceinte, se trouvait généralement comme on le voit ici, la Basse-cour avec les bâtiments d’exploitation de la réserve du seigneur et les logements des serviteurs (intendant, femmes de chambre, valets, cocher, laquais, servantes, portier …).

De la façade qu’on a sous les yeux on peut déduire que ce fut une demeure d’habitation et pas principalement une place forte militaire. On voit certes des archères mais aussi de hautes fenêtres ornées de décorations. Au-dessus des fenêtres du premier étage sont sculptées les armes de Geoffroy de Nancy reconnaissables à la Croix et celles d’Agnès de Pulligny, son épouse caractérisées par le Lion. Au-dessus du porche on aperçoit trois écus disposés en triangle. En bas à droite on reconnait le blason au Lion des Pulligny. En bas à gauche le blason de la famille des Salles à la Tour a probablement remplacé celui de la famille de Nancy. Aux de Nancy succédèrent par mariage les de Vernancourt, dont le blason ne figure nulle part, avant que les des Salles ne possèdent Gombervaux depuis 1490 pendant tout le  XVIème siècle. Les de Myon devinrent seigneurs de Gombervaux toujours par mariage à partir de 1607 pendant le XVIIème siècle. Leur blason à quatre quartiers se trouve au-dessus de ceux de Pulligny et Salles. Au XVIIIème siècle,  par mariage encore Gombervaux échoit aux du Breuil de la Bossardière en 1733, puis toujours par mariage aux de Mailliart en 1766.

La déchéance du château est due à son abandon. Jeanne-Thérèse du Breuil de la Bossardière et son époux Charles-François de Mailliart préfèreront construire un nouveau château plus moderne et confortable à Tusey.

          Mireille

 

Pour info, Mireille est guide bénévole au Château de Gombervaux

 

Photos de Denis


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