SION, la Colline inspirée

Le matin : de Sion à Vaudémont

Ce 18 avril nous sommes 50 au départ d’une randonnée de 15km sur le site de SION-Vaudémont (Plus 2,5 km pour le groupe des rapides qui poussera jusqu’à Chaouilley).

Le matin nous nous dirigeons vers la Croix Sainte Marguerite. C’est une croix aux armes des Gonzague et des Vaudémont érigée en 1622 par Marguerite de Gonzague épouse du Comte Henri II de Vaudémont. Lors de la restauration de 1898 les Oblats y ajoutèrent leurs propres armes et celles de Lorraine. Nous longeons un moment la corniche Gustave Canel du nom de l’ingénieur des Ponts et Chaussées qui a conçu cette voie d’accès au monument de Maurice Barrès inauguré en 1928.

Dans le bois de Plaimont, se trouve une falaise à pic, boisée, dite « Saut de la Pucelle », qui a inspiré une légende. Un chevalier épris d’une jeune fille aurait décidé de l’enlever de force. Il la poursuit alors qu’elle rentre à cheval du sanctuaire de la Vierge. En fuyant elle arrive au bord de la falaise. Elle invoque la Vierge qui aveugle son poursuivant d’une pluie d’étoiles. Le chevalier tombe dans le vide et la jeune fille est miraculeusement déposée de l’autre côté de l’à-pic. La légende veut que les étoiles fossiles de la taille d’une lentille, que l’on trouve dans le sol, soient les restes de la pluie d’étoiles. En fait les encrines ou lys de mer étaient fixés au fond de la mer par des tiges faites d’éléments empilés comme des vertèbres en forme d’étoile qui se sont dissociés et fossilisés après que la mer se soit retirée de la Lorraine il y a 65 millions d’années.

Un peu plus loin dans le bois, la croix des pestiférés, haute d’un mètre environ au bord du chemin, témoigne des ravages des épidémies de peste dans la région. En chemin vers Vaudémont nous passons auprès de la source de la Saussotte. Ce ruisseau rejoint le Tabourin pour se jeter dans le Brenon qui arrose Vezelise. En montant vers l’entrée du village nous dépassons le lavoir et le gayoir.

Le nom de Vaudémont, « vadoni mons », n’apparait qu’au XII° siècle et désignait toute la colline. Perché à 480 m le village médiéval de Vaudémont, est dominé par les vestiges du château des Comtes de Vaudémont. Au décès de Gérard d’Alsace, premier Duc de Lorraine, Thierri fils aîné lui succède et donne à son frère Gérard ce qui devient le Comté de Vaudémont. Les Comtes de Vaudémont seront vassaux tantôt du Duc de Lorraine tantôt du Duc de Bar. En 1347 Henri V Comte de Vaudémont devient aussi Sire de Joinville et en 1473, René de Vaudémont reçoit également la couronne du Duché de Lorraine

A la fin du XI° siècle, Gérard, le premier Comte de Vaudémont, étend le château pour en faire sa résidence. Au cours des siècles suivants des murailles et des tours sont érigées. Au XVII° siècle bourg et murailles sont détruits sur ordre de Richelieu et les Français occupent militairement le Duché de Lorraine lors de la guerre de Trente Ans. La plupart des maisons reconstruites alors réutilisent en façade des éléments antérieurs à la destruction. On peut voir la Tour Brunehaut, vestige de l’ancien château probablement du XI° siècle, réparée au XV°, détruite par Richelieu en 1639 et restaurée en 1930, haute de 15 m dont les murs ont 4 m d’épaisseur. Au centre du bourg se trouverait la partie basse d’une tour de 7 m de diamètre nommée la Tour du Guet mais nous ne l’avons pas visitée. L’église paroissiale Saint Gengoult a été construite en 1748 à l’emplacement d’une église romane du XII°.

En chemin vers le monument de Maurice Barrès nous visitons la grotte des chambrettes qui a précisément la taille d’une alcôve.

Maurice Barrès né en 1862 à Charmes (88), est un écrivain et un homme politique dont l’attachement aux racines, à la famille, à l’armée et à la terre natale fit un maître à penser de la droite nationaliste. Elève du collège de la Malgrange, puis du lycée de Nancy, il fait une première année de droit à Nancy mais surtout écrit dans différentes revues littéraires. Il part pour Paris au prétexte de finir son droit mais en fait écrit des romans et des articles pour de nombreuses revues. Il fréquente Paul Bourget, Charles Maurras, Leconte de Lisle, les frères Goncourt. Il acquiert une grande notoriété et ses romans influencent la jeunesse. Elu député boulangiste à Nancy en 1889 à l’âge de 27 ans, il ne retrouvera un siège de député qu’en 1906 à Paris et sera ensuite réélu dans cette ville jusqu’à sa mort. En 1906 il est élu à l’Académie Française. Les qualités de l’écrivain sont plébiscitées alors que les prises de position de l’homme politique font débat. En 14-18 il est un acteur important de la propagande de guerre et un champion du jusqu’auboutisme. Il fait une campagne de presse pour la création de la Croix de guerre 14-18. Pendant la bataille de Verdun, il nomme « Voie Sacrée » la ligne de ravitaillement menant à Verdun. Il meurt en 1923 à 61 ans. On lui fait des funérailles nationales en présence d’Alexandre Millerand, président de la République, d’Henri Poincaré, Président du Conseil, et du Maréchal Foch. Il est enterré à Charmes.

En 1928, entre Vaudémont et Sion, à 542 m d’altitude, est inauguré par Henri Poincaré et le Maréchal Lyautey, un monument haut de 22 m, dédié à Maurice Barrès, qui reproduit la lanterne des morts de Fenioux (Charente Maritime). Sur les différentes faces du socle sont gravés des extraits de ses œuvres. Une table d’orientation permet d’apprécier l’étendue d’un splendide panorama. Au sud, entre Sion et Mirecourt se trouve Vosges-Aéroport, ancienne base de l’OTAN Mirecourt-Juvaincourt, construite dans les années 50, qui a été rendue à l’aviation civile en 1968. Vosges-Aéroport accueille des moyens courriers, des vols d’affaires, des vols charters, du fret, des vols d’entrainement au pilotage et des vols militaires. Son activité était de 1303 passagers en 2014 ce qui le place au niveau de Laval ou du Castellet.

 

Au terme de notre promenade matinale de 8 km nous empruntons l’allée forestière à travers le bois de Plaimont. C’est parmi de très hauts hêtres que nous découvrons, sculptée sur une bille de bois, une bien jolie grenouille, et, un peu plus loin, les visages gravés sur les rochers de la Licorne. Reprenant la route de la corniche nous gagnons Saxon pour le déjeuner. 

                                                                                                                                                          Mireille

L'après-midi : de Sion à Saxon (et Chaouilley pour les rapides)

Après un déjeuner léger, pris confortablement au chaud, nous commençons la visite de Sion.

La colline de Sion a été un lieu sacré de longue date. Les Leuques y vénéraient déjà leurs dieux. Les Romains introduisirent le culte de Mercure. Au IV° siècle les chrétiens y développent le culte de la Vierge. Une première église est dédiée à Notre Dame au XI° siècle sur cette colline qui a pris en souvenir des prières faites pour les Croisés, le nom d’une des hauteurs de Jérusalem sur laquelle était bâti le Temple. L’église fut reconstruite en 1326.

En 1627, Charles IV de Vaudémont a édifié un couvent qu’occupent les moines Tiercelins, branche de l’Ordre des Franciscains. Les pèlerins sont si nombreux qu’en 1741 il faut agrandir l’église. Stanislas, Duc de Lorraine, offre l’autel et la grille de fer forgé signée de Jean Lamour. A la Révolution, les moines sont chassés et la statue de la Vierge du XIV° siècle détruite. En 1801 elle est remplacée par la statue gothique du XIV° siècle qui ornait la chapelle du château de Vaudémont, appelée « Vierge à l’alérion » car elle porte un oiseau dans sa main droite. En 1873 la Vierge reçut une couronne de vermeil et de pierreries offerte par les femmes du pays qui avaient sacrifié leurs bijoux. La statue a été dorée en 1954.

De 1853 à 1869 les Oblats de Marie Immaculée s’installent à Sion. De 1858 à 1869 la tour de 45 m est édifiée près du porche de l’église. En 1871 la statue de Notre Dame de Sion, haute de 7m, fondue à Vaucouleurs, est hissée en haut de la tour. Un premier ex-voto, déposé par des pèlerins de Metz en 1873, alors que la Moselle est rattachée à l’Allemagne, représente une croix de Lorraine brisée et la mention en patois « Ce n’est pas pour toujours ». En 1920, à l’instigation de Maurice Barrès, la brisure de la croix est cachée et l’inscription devient « Ce n’était pas pour toujours ». En 1946 une nouvelle plaque est apposée avec la mention « Maintenant, un pour toujours ». En 1973, la banderole fixée porte le mot « Réconciliation ». C’est en 1933 que par décision du Vatican l’église est devenue basilique. Mais nous n’avons pas pris le temps de visiter l’intérieur de la basilique.

En 1890 un monument dédié à Saint Joseph est élevé à l’ouest de l’esplanade sur un éperon offrant une belle vue.

C’est en 1973 que le monument de la paix très sobre et très simple, a été édifié à l’entrée de Sion.

En 1979 une communauté des Sœurs Clarisses s’installe et prend le nom de « Rameau de Sion ».

Patrimoine naturel du Pays Saintois (capitale Vézelise) au sud de la Meurthe et Moselle et du Xaintois, partie vosgienne, (capitale Mirecourt), ce site classé offre un panorama magnifique. Le chemin de ronde, planté de tilleuls centenaires, longe le chemin de croix sur lequel les Oblats ont placé des éclats de verre en décoration. Il conduit au Belvédère où se dresse un grand calvaire érigé en 1891 et une table d’orientation qui permet de découvrir les paysages au nord et nord-est. Au nord, dans le village de Thorey-Lyautey, le Maréchal Lyautey a aménagé en 1920 le château où il a fini ses jours. Non loin de là, Pierre Maubeuge, géologue nancéien, a découvert du pétrole autour de Forcelles-St Gorgon, Chaouilley et Praye. L’exploitation du gisement s’est poursuivie entre 1978 et 1992. La concession s’est éteinte en 2008. En cette saison, le spectacle de centaines de mirabelliers couverts de fleurs blanches tout autour de la colline ajoute à la beauté du site

Puis la promenade conduit à la chapelle notre Dame de la Pitié construite avant la Révolution par les Tiercelins et restaurée en 1859. Laissant derrière nous la chapelle de ND de la Pitié nous faisons une boucle autour de Sion pour gagner Saxon que nous traversons par la rue des frères Baillard. Au milieu du XIX° siècle survint le schisme du curé Baillard et de ses deux frères ainsi que des religieuses installées dans le couvent, tous tombés dans un délire mystique, dont Maurice Barrès fit le sujet de son livre « La colline inspirée ». Nous poursuivons notre marche en bordure des bois jusqu’au lieu-dit « Roche Sainte Catherine » où nous revenons vers Sion par la corniche pour profiter encore du paysage et de l’atmosphère particulière de ces lieux.

 

                                                                                                                                                             Mireille

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